PROSPECTION   ARCHEOLOGIQUE
AERIENNE  EN   LIMOUSIN
 Voies antiques et  vicus gallo-romains

Jean Régis PERRIN





 
                   
         
 
          
LA  VOIE  DE  ST GENCE, RANCON 
ET  AUTRES  LIEUX 


Première partie : de Limoges
à St Gence  





                             





N B : "Les pendants" = pentes abruptes ou falaises rocheuses en idiome limousino-limougeaud.
          La "Trouée des Pendants" se situe entre la maison à toit rouge à gauche et l'avancée des bois au-dessus de notre étoile rouge.



   Au plan de 1858 une étroite parcelle oblique se dégage  en rive droite de l'Aurence; pour autant qu'on puisse en juger,  quatre chênes  au-delà du pont de bois actuel, pourraient  marquer une limite latérale de la voie antique .


"Que d'eau, que d'eau !"

   Passée l'Aurence, en s'éloignant de la rivière, arrivé à la route du Puy-Réjaud, on observe un profond chenal  qui réunit deux  fossés entourant une maison d'habitation. Le chenal barre le versant jusqu'à la rivière où il déverse l'eau de la pente ainsi collectée.
  Au-dessus, en bordure de la route du Moulin-Roux au Puy-Réjeau, et venue jusque-là par le fond des terrassements antiques, des bacs, anciens abreuvoirs des temps agricoles, sont constamment remplis par l'eau qui suinte au flanc du fossé. Mais comme on vient de le constater, l'infiltration se poursuit en sous-sol et traverse le radier de la route moderne.
   Le  phénomène est très fréquemment rencontré sur le cours des voies antiques précoces et nous l'avons déjà signalé. Les épaisses chaussées de ces voies étaient, rappelons-le, fortement ancrées dans le sol et leur semelle profonde formait  - et forme encore fréquemment - un bon hérisson de drainage qui se purge au pied des pentes et constitue ainsi des pseudo-sources au débit épisodique.


Résurgences


   Nous reportons sur le cliché vertical de GOOGLE, les observations faites sur les rives de l'Aurence.
   Le pied des Pendants est figuré par des lignes marron.
   La ligne rouge représente le parcours de la voie antique : largeur non contractuelle mais assez vraisemblable.
   Les pastilles bleues figurent des arrivées d'eau,  les tirets bleus, les évacuations vers l'Aurence.


 Un diverticule tardif .

  Une tranchée routière très amortie est perceptible sur le cliché ci-dessus, à gauche de la maison (pointe de flèche verte).
   Remarque importante, elle ne délivre pas d'eau : elle appartient à un chemin bien postérieur à la voie antique qui nous intéresse, quand celle-ci, une fois ruinée fut remplacée par un chemin de servitude créé par l'usage et qui était ici, fortement décalé, c'était la première version de la "rue de St Gence". Ce chemin resta probablement en service longtemps durant  l'Ancien-Régime. Il persistait encore sur quelques dizaines de mètres, au-dessus de la route du Puy-Réjeau, il y a  vingt ans.

 On pouvait  l'emprunter  pour aller observer la trace de sa partie médiane montant droit dans la pente et qui servait  de limite entre des  parcelles agricoles.
  Elle reprenait allure de chemin plus haut, au-delà d'une haie et persistait ainsi - ancien chemin resté limite de propriété - jusqu'à sa jonction à la route de St-Gence, à hauteur du Mas-Vergne.

   Ne nous leurrons pas cependant : lors de la création de la rue Achille-Zavata, le dégagement des dépôts de pierres que nous avons découvert au niveau de cette haie transverse, concernaient uniquement la voie antique que le chemin tardif recoupe par hasard à cet endroit : cliché ci-dessous, triade de points rouges.

   Ainsi, le peu de consistance de ce chemin rural  s'explique : il ne fut jamais doté d'une chaussée construite qui aurait pu, au-delà de sa désuétude et de sa ruine, générer des arrivées d'eau sur son parcours. A l'époque de son premier usage, les temps avaient manifestement changé.
   
Sur le haut des terres, son tracé que nous matérialisons par une ligne verte, n'a été observé que sur cette courte distance entre la route du Mas-Réjeau et la route de St-Gence.
Nonobstant, l'archéologie conventionnelle en a fait une voie romaine, attirée par une découverte de borne romaine quelques centaines de mètres plus haut au début du XXe siècle.

   On va se retrouver sur la route de St Gence. 
   


 
                             La montée vers le Mas-Vergne et le Mas-Blanc.


   On observera (zone A) des traces de bâti, de parcellaire agricole, de petites voies . . . de tradition gauloise malheureusement brouillées par des remontées d'humidité entre des strates d'origine géologique.
  Au-dessus, dix ans plus tard, le propriétaire du lot à construire contigu à la haie que nous venons d'évoquer, expurge son terrain des résidus indésirables de la vieille voie antique (rue Achille-Zavatta, vignette haute, à gauche).
  Curieusement, la rue Achille-Zavatta a repris sur la partie médiane-haute de son cours, le tracé de la voie antique .  Des héritages techniques incontournables traverseraient-ils les millénaires ? (chargez les images GOOGLE ou IGN et voyez vous-même).

   Sur nos images, non loin du site A ci-dessous et plus loin sur la vue synoptique de la voie jusqu'à  Bellegarde et Magenta, nous avions repéré, à l'époque,  légèrement à l'écart vers le Mas-Batin, dans les terres de la Chabaudie, la trace carrée d'un petit fanum.
   Probablement disparu sous la poussée de l'urbanisation (cadre rouge).
 


   La vignette, au bas du panneau ci-dessus, complète la vue générale du Puy-Réjeau au Mas-Vergne. La voie s'inscrit en long sur une "marche d'escalier" taillée dans le fort dévers qui domine la route de St-Gence. La trace est réduite à une largeur minimale de chaussée simplement marquée par la ligne des margines  anciennement récupérées.
  Aujourd'hui, le site est entièrement construit.

                                                  Du Mas-Blanc à Bellegarde


   En document de fond (ci-dessous), voici une vue perspective de la voie de St-Gence depuis la rue Achille-Zavatta (Puy-Réjeau) jusqu'à Campanelle, en limite de la commune de Limoges.
  Cinq jalons sur le parcours de la voie, sont illustrés par des vignettes.
   De haut en bas :
     - cadre vert, large virage  devant l'Ecole de Bellegarde (pointe de flèche rouge) puis contre-virage à gauche plus loin, à Magenta. Le but de l'opération étant de contourner les principales têtes de source du ruisseau de Tranchepie (flèche bleue).

   
-  Cadre blanc : la voie est visible sur le plateau descendant qui domine le  déblai (près de 10 mètres de hauteur)  de la piste de l'aérodrome de Bellegarde. Sur la partie haute en légère déclivité vers l'aérodrome, l'humidité descendant par les terrassements antiques définit parfaitement l'emprise routière. Plus près de nous, l'eau souterraine est partiellement absorbée par une haie vive transversale mais une partie arrive néanmoins sur la lèvre du décaissement et ruisselle sur le glacis. Ce qui avait déclenché a l'époque du cliché,  l'apparition d'une végétation pionnière hygrophile et nitrophile (têtes de flèche rouge, en bas). Lieu-dit "le Petit-Bellegarde".

       N B : une tache humide foncée ( pointe rouge, en haut), de forme circulaire, avec réserve au centre, n'est pas interprétable, ( trop vaste pour être une cabane protohistorique ou même un point d'affouragement moderne sur une pâture).
   Une courte trace de voie gauloise est matérialisée à droite entre deux petites pointes de flèche affrontées..


    - Cerclé de rouge, le site de la Bravine. Voir les agrandissements plus bas. L'image montre une parcelle portant une culture fourragère sur pied dans sa partie gauche et ayant subi une coupe dans sa partie droite. Même solage, même culture et deux images différentes de la même voie antique. Avec le rappel du même site commenté en page 3 du site "limousin-archeo-aero.fr", "Gaulois en Marche" : fossoyages de tradition protohistorique.

    - Cadre orangé : la trace de voie traverse le terrain d'une petite entreprise. Nous avons constaté à l'époque un important gisement de pierres et cailloux de toutes tailles, en bordure gauche de l'allée d'accés.

    - Parcelle de la borne routière trouvée en 1902 : astérisque rouge.


      Rappel par un fragment de bas-relief de la précarité des techniques romaines en matière  d'attelage  et de traction des charrois : ici des mules sont attelées par un collier de garrot; ce dispositif étrangleur  ne permettait de capter qu'une part infime de la puissance d'un animal.

  N'en déplaise à l'avis  contraire d'archéologues très respectables par ailleurs, qui - autres temps, autres moeurs - n'ont jamais été confrontés au harnachement de l'âne entier de mon grand-père, maçon de village ni au brêlage de la bourrique de notre voisine, maraîchère de son état.
 
    A chacun ses universités !







                                       
 De Bellegarde à Campanelle : l'énigme de Magenta.

   Passée la proximité de l'Ecole de Bellegarde, la voie de Rancon longe à l'est la Départementale 20.

   Sur un labour, peu avant le passage de la D 2000 et les dernières fermes de Magenta, on observe le dessin très particulier de l'élargissement du massif routier. C'est en général, le signe d'une bifurcation qui nous est malheureusement imparfaitement décrite : les signes du départ d'une voie vers la droite restent très évasifs malgré une planimétrie environnante (chemins, limites de parcelles . . .) orientée grossièrement à l'azimut 45.

   Le document GOOGLE nous confirme encore et  définit sans ambiguité l'existence d'une large voie (trace rubanée déjà vue ailleurs et attribuée  aux gaulois de l'indépendance) parallèle à la D20 (juste avant le pont sur la D 2000).
Dans le cap nous avons alors St Martin-du Fault  et à l'arrivée au lieu-dit La Chapelle St Martin, une trace de  chemin concordante.

  Nous avons également sur cet axe, 4 kilomètres plus loin, au nord, Nieul (nova ialo gaulois, la nouvelle clairière), siège d'une ferme ou villa gallo-romaine : pas de substructions "maçonnées" connues mais une profusion de tuiles à rebord remarquée lors du  curage des fossés en dessous du "Vert-Coteau".
   Nous avons également le "Chemin de St Martin" des érudits, dont nous avons perdu la trace depuis les Bois des Vaseix et qui, en bonne logique, devrait transiter par là . . .  bien qu'il soit probablement beaucoup plus tardif.
Tout ce qu'il faut néanmoins pour justifier un vaste carrefour ou à tout le moins, une bifurcation.

   Mais nous sommes sorti de l'épure, revenons à la voie de St Gence.
  




   La voie de St-Gence / Rancon tourne à gauche en passant sous les longs bâtiments de la ferme (étoile).
   Elle déploie sa magnificence dans les terres jusque et au-delà du petit étang : comparez son emprise à celle de la Départementale 20 toute proche.
    Après l'étang, on observera que le tracé de la route communale de Campanelle à Tranchepie et à Verneuil a accusé une légère mais brusque inflexion à son contact : le buisson à cet endroit, cache un énorme monceau de pierraille (pointe de flèche rouge, triade de points rouges, cercle . . . ).

  C'est le point de croisement d'un très ancien itinéraire traversier que nous verrions bien remonter jusqu'à St-Martin-du-Fault (encore).

   Ces "coudes" ouverts, ces courtes angulations des tracés, sont parfois conservées dans  des limites de parcelles : leur origine pourrait remonter à l'antiquité tardive ou au Moyen-Age . . . et témoigner de la difficulté
pour ces chemins tardifs, créés par l'usage, à fleur de terre, de passer par-dessus le tas de cailloux laissé par une chaussée antique  ou au contraire de franchir la dépression laissée par une chaussée ruinée ou une ancienne tranchée routière (pointe de flèche rouge,cercle, triade de points rouges).


                                           La descente vers le Boschaudérier

      Depuis Campanelle (route de Bondy) et jusqu'à la Vergne-Blanche, la voie est sensiblement parallèle et  à une cinquantaine de mètres de la route de St-Gence : notez -  grand cercle rouge en bas et à droite de la première image  O, après en avoir fait déjà la remarque à la Bravine -  que des propriétaires "fûtés" ne dédaignent pas de créer un potager à un endroit précis de leur propriété qu'ils jugent propice mais dont ils ne savent sans doute rien et probablement pas qu'il se trouve  sur l'emprise d'une voie antique.
   Un constat de ce genre, deux peut-être, trois à la rigueur, c'est le hasard. A partir de quatre, c'est le  jardinier inspiré guidé par la Providence !
   Nous avons souvent recontré cette  Providence-là, nous la signalerons dorénavant sans commentaire superflu . . .  mais force est de constater qu'elle se fait de plus en plus rare . . . faute de jardiniers.

N B : Dans les images qui suivent nous poserons des repères du même type qui devraient  faciliter la lecture du paysage d'une photo à l'autre.




 Dans des terres dénommées de nos jours "Lous Sablés" ,
  il y a 2000 ans (ou peu s'en faut),  le terrain  se déroba.

                           

   La route moderne de St Gence recoupe la voie antique à mi-pente, à la Vergne-Blanche.

   Lisons le plan synoptique Google ci-dessous à droite, et de haut en bas, éclairé à chaque étape par nos photos.
 

  Cerclée de bleu (ci-contre, point bleu), une mare que nous avons vue en eau, roseaux et saules mêlés, il y a 20 ans.

  Et un petit étang un peu coupé sur une photo, que nous avons vu se remplir et se vider au rythme des aléas météorologiques : il est relié à la voie antique par deux aquifères modernes croisés.

   Référez-vous également et en tant que de besoin, à notre photo oblique, ci-dessus à droite.
  Tout de suite les traces de la voie antique, particulièrement nettes, laissent entrevoir un incident de parcours : l'enquête au sol montre que la voie,déjà construite jusqu'au bas de la pente, (voir la trace d'arrondi sur un replat au-dessus du Glanet : astérisque) a brutalement été coupée en amont par un glissement de terrain : le front de rupture est net encore et quasi-vertical, à l'aplomb de l'arbre isolé en fond de clairière (vignette ci-dessous).   
  Une déviation a été  installée largement  en amont par prudence. Son tracé de reprise n'est pas perceptible sur nos clichés mais son émergence à la charnière du replat parcouru aujourd'hui par un chemin agricole ( dépôt de pierres sous l'arbre en boule), est particulièrement marquée tant sur les photos qu'au sol : photo du labour et de la belle dépression du Pré-au-Lait, en vue frontale ci dessous.



   La photo oblique montre la voie antique restaurée venant des "Sablés", traversant le "Pré au Lait"  et venant côtoyer la route actuelle de St-Gence en passant sous les nouvelles maisons  du village du Boschaudérier (itinéraire rouge).

    Une voie nouvelle

   Il reste qu'en considérant, tant la voie ruinée que sa déviation peu convaincante, on constate que les techniciens responsables, l'ingénieur, avaient pris de grands risques en approchant ainsi les rives instables ("lou Sablés") du Glanet et les sources qui l'alimentent. J'ai pensé un jour que l'on devrait pouvoir trouver dans les terres environnantes, les traces d'une nouvelle voie qui allait racheter cette erreur. C'est sur la photo ci-dessus que je l'ai découverte.
   
   Observez la grande parcelle grossièrement triangulaire qui se situe au milieu du tiers supérieur de cette grande photo oblique du Boschaudérier. Dans sa moitié gauche qui s'appuie sur la route actuelle du Boschaudérier, à peine visible, une trace  part de l'angle supérieur  et après une longue courbe, rejoint la corne du bois en bas de la parcelle. C'est également là que la route actuelle récupérerait l'assise de cette nouvelle voie antique.
   Bien sûr et parmi les dizaines de photos prises sur le site,  des signes subreptices confirment l'hypothèse.  Mais le détail péremptoire - rappelez-vous : le "bon sens agricole"  -  viendra  d'un jardinier inspiré dont le potager aperçu entre deux touffes de noisetier  ( rappelez-vous : le noisetier ! )  il y a 20 ans, n'a pas changé de place depuis lors. Il y a sûrement une raison.
  Le départ de ce diverticule devait s'effectuer au niveau du site des récupérations d'eau de la Vergne-Blanche : photos Google et Perrin ci dessus, itinéraire évoqué en jaune, toponymie (?).

                            
          Une légion à la Châtre-Boucherane

   De prime abord, entre le Boschaudérier et les fermes de la Châtre-Boucherane, on remarque deux plateaux contigus doucement inclinés au sud vers le Glanet. Au plus près de la rivière, ils se terminent par deux longs glacis qui dominent le fond de la vallée : il n'est pas douteux qu'ils doivent leur hauteur et leur apparence régulière à la main de l'homme. Les deux espaces plans sont séparés jusqu'à mi-profondeur par un court vallon créé par un ruisseau : une réserve d'eau fut sans aucun doute ainsi créée au centre du dispositif.
 
 Précaution normale pour un camp retranché.

   Plus loin, un peu plus haut dans la pente, on hésite encore moins à qualifier de camp militaire un grand enclos rectangulaire particulièrement bien structuré dans sa moitié nord-ouest. A l'est et au sud, sa ligne de défense vient se terminer contre  des petites routes ou de limites agricoles actuelles. La coupe du dispositif (vignette dans la seconde image ci-dessous) montre ce qui reste d'une levée de terre rabotée par 2000 ans d'érosion agricole.    Cet autre camp plus classiquement structuré - le camp des Légionnaires - est lui aussi pourvu d'une tête de source qui plus bas, alimente toujours plusieurs étangs modernes.



   Eliminons sur le cliché ci-dessous, une route dont la  trace courbe va de la Croix-des-Charriers vers la pointe du bois, à gauche : c'est une route de l'Ancien régime vers Veyrac,  disparue fin XIXème ou début du XXème siècle (croix rouge de suppression).

   Sur ce nouveau cliché on discerne un autre camp structuré en rectangle, approximativement de même superficie, moins lourdement fossoyé et qui est certainement plus précoce en ce qu' il nous semble engagé sous le premier.
   Un jour, des spécialistes se poseront sans doute une question de chronologie entre ce premier camp et la voie romaine (trace entre les deux bois, à gauche) qui se confond avec sa face ouest.

   La desserte du ou des camps est réalisée à partir de la voie antique par une petite route qui atteint la fortification principale - le camp légionnaire - après un virage à angle droit ; il est possible voire probable en effet que la   première partie de cette courte liaison se soit poursuivie en ligne droite au-delà du coude, pour desservir le premier camp décrit, plus fruste et qui pourrait être le camp des auxiliaires. Mais un étang moderne a tout effacé.


   Dans la moitié supérieure gauche du cliché ci-dessus, un délaissé de culture apparaît au loin : petit rectangle où l'on imagine de solides fondations  affleurantes. Il est entouré par un large périmètre carré ou rectangulaire probablement fossoyé. Je crois me souvenir qu'une structure archéologique avait  été remarquée à cet endroit, il y a très longtemps, près du village du Mas-Boucher (arc rouge ci-dessus).
   Le Mas-Boucher (non visible mais en marge immédiate de notre cliché) marque le début d'un immense terroir agricole protohistorique qui s'étend vers l'ouest et dont le site phare est la grande ferme gauloise de la Chatrusse. Nous y reviendrons plus loin.

   Vous aurez remarqué à droite du cliché, l'orientation biaise des deux anciennes fermes de la Châtre-Boucherane par rapport à la petite route qui descend de la Croix-des-Charriers. Plus haut et de l'autre côté de la route, deux traces pérennes présentent une orientation concordante, sur la culture au sud-est : dans un passé plus ou moins lointain, il y eut là des bâtiments qui ont laissé ces traces (arc jaune ci-dessus).

Les documents ci-dessous complètent l'évocation, précisent ou signalent un certain nombre de points :
             -  la limite est du camp légionnaire et les limites est, ouest et nord du camp des auxiliaires,  ne sont pas pas évidentes;
             -  les indices lisibles intérieurement n'illustrent guère  l'organisation classique d'un camp militaire. Seule une allée intérieure apparaît : via pretoria. . . principalis. . . decumana ?
             -  La vallation défensive (succession de tranchées profondes piègées et de levées de terre) du camp légionnaire apparaît assez fruste, mais il est vrai que nous ne sommes pas à Alésia et que le temps a gommé bien des détails. La vue en coupe  d'une levée de terre montre bien ce qu'il en reste  après des siècles d'érosion  agricole ( flèches vertes).
               
             -  Personnages de la Légion " AUGUSTA", admirablement restituée.
             -  
Et une illustration tirée du livre de M Perchaud (1908), le " livre de mon grand-père": un camp romain.

   Nombre d'archéologues modernes feraient bien d'en revenir à ces images primaires en concédant cependant au relief de notre limousin, la notion de "ligne tendue" au lieu et place de "ligne droite" !

                                   
                                       
               L'approche et l'abord de St Gence

   Après le contournement du camp militaire, la voie antique transite par un carrefour moderne qui a récupéré l'appellation "La Croix des Charriers" quand celle-ci est devenue caduque par la disparition de la route de l'Ancien-Régime vers Veyrac. 

   Une  belle image très pédagogique, née en Limousin, compare ce phénomène au glissement des anneaux lorsqu'on ouvre et ferme les rideaux : les toponymes glissent au long des routes, au fil des époques.

   Néanmoins et d'après ce que je peux  en connaître, l'archéologie limousine aurait moins de problèmes d'anneaux que de problèmes de tringle. 

   Le vieux cadastre de St Gence montrait en 1808, des parcelles en lanière accolées à la route actuelle. Elles correspondent exactement à la partie est des vestiges de la voie antique; vestiges que nous  retrouverons aujourd'hui en visuel aérien après les bois de la Pinière, à Puy-Boursaud, toujours à droite de la route, à l'approche des premières maisons de St Gence.

   Une reproduction  du vieux cadastre montre le phénomène et un encadré sur une photo de Google,   permet de reconnaître un petit jardin potager exactement situé sur l'emprise de la vieille voie antique. Nous avons déjà vu et nous verrons encore cette manifestation de haute intelligence agricole de la part de certains propriétaires. Les plantations d'arbres fruitiers de plein-vent sur le passage des fossés ou des bas-côtés des voies antiques, sont de même nature.

 Après le passage de la Pinière, en face de Puy-Boursault, nous avons  remarqué une "grande circulation" rectiligne de tradition gauloise, parallèle et à une vingtaine de mètres de l'autre côté de la route, dans la céréale (trace reportée en rouge car elle est à peine visible sur ce cliché). Nous entrons ici dans la zone de fossoyages diffus liés au village gaulois de St-Gence.

   L'abord de St-Gence se fait par le site de l'ancienne ferme de la Gagnerie. La chaussée antique, soit qu'elle passe sous le corps de bâtiment principal (Ateliers municipaux) soit sous son parvis, se poursuit vers le bourg dans une courte pente.   Au pied, un ancien captage désespérément sec, avec sa moto-pompe toujours en place, témoigne de la précarité des apports d'eau que l'on peut espérer des aquifères hérités des voies antiques.
   Nous retrouverons une pareille aventure dans quelques pages, à Fourcelas, où deux captages jumeaux n'ont pas tenu leurs promesses vis à vis d'une ancienne municipalité de Peyrilhac qui les avait mis en place.
 


    De prime abord, nous observerons sans commentaire la position de l'ancienne ferme et lieu-dit  la Gagnerie, qui semble s'inscrire au milieu de deux lignes circulaires concentriques, en partie arborées : l'archétype d'une ferme gauloise .

  Sur cette même photo oblique de St-Gence, ci-dessus, on observera qu'après les lotissements de Puy-Boursault, la route moderne a recouvert sur 200 mètres, la voie antique. A partir de là, nous ne pourrons plus compter sur la voierie moderne pour signaler la proximité de la voie romaine.
  

   Après cela, l'image de la voie est très nette sur une culture de céréale  en dessous du cimetière. En tout état de cause, les archéologues responsables de la fouille (vignette ci-dessus à droite, en bas) n'ont  pas pu l'intercepter : par un manque de chance évident, l'entreposage  des terres décapées près de la fouille du village, a masqué  sa position.
   
   Nous pensons  qu'ainsi cette voie principale proche du cimetière actuel, devait marquer la limite de l'extension Est du village gaulois car rien de vaillant ne s'est manifesté au-delà..

   Poursuivant sur une ligne tendue, la voie passe à l'est de la place de l'église et du carrefour attenant (pastille jaune/centre rouge).
  A ce niveau elle reçoit une voie venant du nord-est par les hauteurs du Châtenet : un important décaissement a longtemps marqué le franchissement d'un petit ruisseau près et en amont du pont sur la route de Nieul.
 
   Accessoirement et par le même accès de malchance que ci-dessus, cette petite voie antique  visant le carrefour central et immémorial du bourg (flèche jaune ci-dessus) n'a pas été remarquée :  les tranchées de sondage pourtant dispersées en quinconce sur la parcelle située entre le ruisseau et le bourg, ne l'ont pas interceptée.

    A ne pas confondre cependant avec une route de l'Ancien Régime (cadastre napoléonien) qui contournait au plus près les bâtiments riverains (ancienne école ) de la route moderne. Tout a été remanié et le versant est maintenant occupé par des maisons individuelles.
 
   Nous avons repris contact avec la trace de la voie antique de Rancon lors de la création d'un petit lotissement en contrebas et à mi-longueur du stade de foot-ball : l'espace réservé pour la place centrale entre les maisons consistait, sur le chantier, en une surélévation allongée et fortement pierreuse qui s'interrompait brusquement pour laisser place quelques mètres plus loin, à une longue dépression qui a traversé le  jardin d'une construction nouvelle. Cet espace est cerclé de rouge sur les 3 clichés qui entourent ce texte : c'est une relique du chemin antique de Rancon que nous allons suivre maintenant.

   Plus loin, les restes de la chaussée romaine ont opportunément servi d'assise à la cloison entre les deux lagunes de traitement des eaux  usées de St-Gence. Plus loin encore, au bord de la route du Châtenet, un talus fraîchement refait nous avait montré, il y a 15 ans, une panse d'amphore et de menus fragments de poterie culinaire; mais il pouvait également s'agir de terres anciennement déplacées (astérisque) : apparemment elles y sont toujours.

   Nous faisons figurer le lieu-dit "Gué du Raud" sur le passage de la voie antique car il est évident qu'il désignait historiquement le gué utilisé au lieu et place du pont actuel sur la Glane, tout proche.

   On notera enfin que la bande ripuaire en amont du Gué du Raud présente un fond plat qui prolonge à l'est, une vaste zone de divagation et de débordement de la rivière encore encombrée de nombreux bras morts : ancien fond d'étang ?

   Certainement contraint et forcé, il y a 2000 ans, un romain a dû se faire violence pour lancer une route dans un lieu d'aussi mauvaise apparence et réputation : nous pensons qu'il était déjà soumis à une certaine contrainte. Cette idée va se vérifier par les avanies qu'il va devoir subir durant plus de deux kilomètres.

 


                                       Une voie en rase campagne

 On peut constater que nous choisissons souvent de transférer sur  les images de l'internet les renseignements que  nos photos "rase-motte" ne permettent pas toujours de faire figurer dans un contexte aussi ouvert que nous le souhaiterions. Et nous avons déjà dit et montré que ces vastes plans apportent parfois un surplus intéressant de renseignements .
   La plus petite des images Google ci-dessous montre bien la continuité de la voie antique dans les terres en contrebas de Senon : deux apparences différentes qui tiennent aux sévices qu'a dû subir le monument routier au cours des 2 millénaires écoulés, arasement pur et simple au premier plan, piochage profond plus loin.
 
   En prime, voici un petit sanctuaire gallo-romain, un  fanum : nous y reviendrons.






     L'image de gauche ci-dessus, met en regard deux routes d'orientation sud-nord, en partie ou totalement tombées en désuétude, sinon disparues.

    En jaune, la route de l'Ancien Régime, encore inscrite au cadastre napoléonien de 1808 et bien que mal restituée
et dévoyée par l'érudition locale , est toujours considérée dans les  dernières publications,  comme étant la voie romaine d'il y a 2000 ans : les idées fausses ont la vie dure .
 
 
 En regard et en rouge, figure l'itinéraire antique bien réel tiré de l'étude aérienne du site, contrôlé par les enquêtes de terrain et que les images de l'internet ont eu le bon goût de confirmer, il y a quelques années.
  A droite, sur les deux clichés, l'emprise totale de la voie (entre-pointes de flèches) est perceptible . On observera qu'il n'y a qu'un seul bas-côté, à gauche ; à droite,  on ne perçoit que le fossé.




 Le poids des idées reçues

  Le passage par le Pont du Rabaud est donc invoqué de façon constante  comme étant d'origine romaine.
 Cependant la plus élémentaire étude critique  montre que ce tracé tourmenté et la configuration des lieux qu'il traverse,  correspondent à une "route d'embuscade" excessivement "chantournée", ce qui  devrait ruiner toute idée d'un passage  d'origine antique.

  Une portion de cette route de l'Ancien Régime bâtie à l'économie et maintenant disparue, montre encore sa trace à peine  lisible sur notre photos de la  parcelle dite "des Patureaux" (ci-dessus, point jaune  isolé dans un labour et tracé jaune) .
   
"Voie romaine" prétendue  des érudits elle n'a même pas été détectée par les archéologues lors de la fouille particulièrement méticuleuse de cette parcelle, il y a une dizaine d'années.
   Mais rien n'y fait, les idées reçues ont la vie dure et en 2002 on parlera ici, toujours et encore de voie romaine.
  N B : 10 ans plus tard un relevé des fouilles de la station gauloise des Pâtureaux, indique une "rue" gauloise qui aurait été découverte et fouillée sur ce terrain. Les plans des archéologues n'étant pas forcément orientés ni rattachés à un point


géodésique connu, l'origine gauloise éventuelle de notre trace restera donc évasive mais finalement de peu  d'intérêt pour notre propos. Par contre, la chicane qu'elle effectue à son croisement avec la route venant de la Chassagne (et La Chatrusse ?) pourrait relever d'un cas de chronologie déjà observé : mais c'est sans doute un peu hardi même si quelques arrivées d'eau venant de la Gagnerie, confortent notre idée.


  Revenant plus haut, sur les précédentes photos de Google, les zones surchargées en jaune  indiqueraient qu'un lieu de passage en terrain solide, sur des rives étroites et en terrain dégagé de tout risque de guet-apens, aurait peut-être pu être trouvé vers la crête de Senon si tel avait été le choix ou l'entente des protagonistes de cette époque. 

    Mais il est évident qu'une volonté contraire de la part de l'indigène gaulois du premier millénaire naissant, a manifestement contrecarré cette solution.
 
 En effet et à partir du Gué du Raud notre voie antique va s'engager à flanc de pente, dans un parcours  dont elle aurait sans doute pu s'échapper assez vite pour gagner un terrain plus élevé et plus solide.

   Mais rien n'y fit : il est probable qu'un notable gaulois campé sur sa hauteur, Senonix peut-être, un "vergobret de village",  put faire valoir ses droits et renvoyer  ingénieurs et  cantonniers antiques tracer leur route pendant 2 kilomètres de misère, dans les marais des affluents de la Chambarrière.


Pont du Rabaud

  Nous reprendrons à St Gence,  la description de cet itinéraire jusqu'à Villefavard à l'est et Magnac-laval à l'ouest, deux directions partagées au niveau du vicus routier de Rancon, le Roncomagus antique dit-on.
Mais auparavant il m'est difficile de passer sous silence une autre avanie dont je fus la cible après avoir essuyé celle de la gesticulation infrarouge sur l'oppidum de Villejoubert, en 1986 et divers autres combats d'arrière-garde.




Tribulations limousines :
le "serpent à sornettes".

  Les chasses gardées de l'archéologie des voies antiques

   Il arriva qu'au tout début des années 2000, des résumés de mon travail sur l'itinéraire de Limoges à Rancon, parurent dans les documents annuels du Service Régional de l'Archéologie.  

  Très vite, en 2002, et par effet d'aubaine,  un long article parut  dans la  revue "Travaux d'Archéologie Limousine" : il s'intitulait "Proposition de tracé pour une voie romaine d'Augustoritum à Argentomagus : étude de jalons."

   En fait cet  engouement soudain pour une voie dont personne ne connaissait l'existence l'année précédente, n'était pas innocent mais j'avais appris à mes dépens à déchiffrer les arcanes de la doctrine archéologique des années 1980 qui donnait ici encore  et par procuration,  ses pleins feux : site "limousin-archeo-aero.fr", page "villejoubert oppidum sous infrarouge"

  Dans le présent cas, il s'agissait d'abord de tirer de mon compte-rendu forcément succint publié par les services de l'Archéologie, quelques éléments d'itinéraire  suffisamment consensuels pour être repris.

  
Il s'agissait encore et surtout d'occuper le terrain pour ne pas laisser l'initiative de la découverte d'un nouvel itinéraire antique à un quidam qui n'aurait pas reçu l'aval des spécialistes auto-proclamés des voies antiques ou réputées telles.

 Et peu importe alors que l'on opposât à l'intrus une  invention pourvu qu'elle fût de référence érudite c'est à dire qu'elle cultive avec art des  truismes  ressassés au plan local depuis un quart de siècle. Il s'agissait de tenter dans des délais très courts, une  performance à but fixé : Argenton, l'argentomagus antique.   


                                                                  Une démarche téméraire

 
Un des ressorts de l'initiative avait pris racine de longue date, sur quelques constats aussi isolés que rares et souvent  contestables selon lesquels on aurait remarqué que des voies antiques   auraient pu servir de limites à des entités territoriales que le christianisme naissant, devenu religion d'état aux temps de l'antiquité finissante, mettait progressivement en place sous le nom de paroisses.
   Ces remarques - réelles ou supposées - étaient hissés à la hauteur d'une règle quasi générale décidant ainsi de la présence de voies romaines sous les pointillés intercommunaux des cartes topographiques. Car, un millénaire et demi plus tard, conséquence de la révolution de 1789, ces mêmes paroisses serviront de calques à nos communes.

  Le point culminant du système se situant, même au prix d'un écart de la route supputée, sur le point de confront de 3 limites territoriales.

 
 Or, à cette période de l'antiquité tardive durant laquelle la religion nouvelle  structurait son territoire par la création des paroisses, la majeure partie des grandes voies militaires romaines de la conquête, ces voies de  haute volée, trop onéreuses à entretenir,  trop incommodes à fréquenter dans leur démesure, conduisant vers des lieux déchus . . . avaient disparu, ruinées et pillées de leurs éléments nobles.  Il en était de même des grandes voies provinciales qui avaient pu être imposées aux collectivités gauloises par le romain vainqueur. De  nouveaux centres d'intérêt commercial, politique, administratif, religieux . . . s'étaient créés tandis que  d'anciennes capitales, agglomérations, gros vicus, lieux de culte gallo-romains . . . perdaient de leur importance ou périclitaient.

   Il est donc bien téméraire de tenter de remonter de façon systématique à ces grands monument révolus par le truchement de  limites territoriales  nouvelles. Sauf rapprochement plus ou moins fortuit dont l'histoire a le secret.
  Or la doctrine du moment - qui a toujours cours - faute d'avoir suffisamment investi dans l'humilité du chercheur de fond, n'a jamais trouvé les banales et triviales réalités que porte le terrain et qui sont autant de traits d'un vocabulaire spécifique, qui en permettent - sur le long terme - sa lecture en continu. 
   Ces signes  sont comme les fils rompus d'un vaste canevas échevelé par deux millénaires d'histoire  :  il ne  suffit pas de deux ou trois noeuds d'ajut  inspirés d'une incantation savante et ratissant large dans le champ de l'histoire, pour être assuré d'avoir ravaudé le réseau : que d'accrocs sont encore béants sur le chemin d'Argenton !


 
Car, en amont, il est assez symptômatique que l'auteur n'ait pas daigné, dans sa publication de "Travaux d'Archéologie Limousine", reprendre le trajet antique de Limoges à St Gence : n'aurait-il pas  trouvé sur cette portion d'itinéraire que j'avais très largement documentée au sol, assez de limites chrétiennes ?
 Ou aurait-il eu peur de "trépasser"  quelque  camp légionnaire, quelques fermes gauloises, voire  quelques sanctuaires gallo-romains, dont il n'aurait su que dire ?

   Par contre, quelques points-clé de mon parcours publiés par le Service Régional de l'Archéologie et fixés avec précision  ont été évidemment récupérés. De tels cas se retrouvent souvent en d'autres endroits, portés par la rumeur. Mais il est tout à fait curieux que ce qui pourrait  être une aide,  ne constitue en général qu'une béquille de plus, sans intérêt véritable ni profit  pour l'emprunteur qui revient très vite à ses divagations. 

   Il est également remarquable hélas ! que les photos aériennes proposées par l'auteur pour nourrir son propos ne montrent strictement rien de ce qu'il déclare : nous avons là dépassé le mythe, pour atteindre à l'inconscience !
 
  Et tout au long d'un parcours hautement fictif, pas un carrefour, pas une bifurcation, pas une ferme gauloise, pas un camp, pas un hameau, pas un relais ni une taverne . . .  le "désert de Gobi" !
  Alors tel que parti, pourquoi diable vouloir aller à Argenton pour n'y rencontrer personne !

  Nous comprenons mieux pourquoi notre auteur, peu sûr de ses pérégrinations,  avait choisi de faire figurer sur ses cartes un long ruban serpentin de 200 à 250 mètres de large à l'intérieur duquel selon lui et sans qu'il ne l'ait jamais vue, la voie aurait dû se trouver.  

 Décidément, retrouver les voies des origines n'est pas une affaire de mythes flatteurs, de conjectures et de conjonctions savantes ou de sentencieux truismes d'école mais une simple  démarche de randonneur motivé et attentif .


                                L'autorité de la chose écrite


         
        Elucubration et réalité


  Une telle méthode hautement spéculative et ses curieux résultats,  semblent pourtant n'avoir choqué personne; mieux encore, des publications récentes conformément à l'usage, n'hésitent pas à s'appuyer sur ces résultats et à les citer en référence.

  Lueur d'espoir cependant et exception remarquable, la thèse introduite par un quidam sur l'encyclopédie en ligne Wikipedia, ne semble pas y avoir survécu plus de quelques jours.

   Et c'est  sur la revue locale subventionnée, à parution annuelle : "Travaux d'Archéologie Limousine", tome 22, année 2002, pages 59 à 81, que l'ouvrage fut porté à la  connaissance d'un public qui n'ayant jamais été confronté qu'à l'intime conviction d'une cascade d'auteurs peu familiers des terrains, ne pouvait en rien suspecter une tromperie.

 
 Garant à des degrés divers de cette publication ,  mais sans doute trop distant et trop mal informé des contingences réelles d'un sujet marginal et isolé par un effet de niche, un "Comité de lecture" dont nous ne saurions cependant suspecter la bonne foi, ne semble pas avoir ressenti sur ce sujet,  la moindre réaction immunitaire.


 Ainsi se vérifie qu'une erreur entrée  dans le domaine public sous des auspices consensuels, n'en sort jamais.

  Selon les cas, et pour . . . toutes sortes de bonnes raisons  on se repassera l'héritage et tout cela fera de la bonne Histoire.  

 Mais l'entreprise eût-elle été élaborée de bonne foi, comme il pourrait arriver qu'on le pensât . . . cela n'aurait fait qu'ajouter au désastre.

 Mais il arrive que l'autorité de la chose écrite . . . ne soit pas un vain mot !

      Car, passé Rancon, nous verrons alors comment notre archéologue limousin a tenté de rejoindre Argenton en s'accrochant à une autre tutelle :
    il y a une trentaine d'années sur ce "théâtre d'opérations antiques" qui m'occupait déjà, j'avais été séduit par le travail d'un érudit  M. de Beaufort qui publiait  autour de 1850, dans les "Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest" et avec un luxe de détails troublants,  une route antique venant d'Argenton pour se rendre à Bordeaux.
   Elle  devait se fondre vers le Bouchaud sur la Gartempe, avec cet itinéraire transversal  connu depuis le Breuil de Morterolles, que j'ai essayé de reprendre et d'étoffer jusqu'au confluent de la Semme et de la Gartempe. (Page "Une virée de Galerne" site limousin-archeo-aero ).
 
   Ainsi, sur la  route antique supposée d'Argenton, ce trajet  entre la Gartempe et la Benaize élaboré par Elie de Beaufort en 1850, devint à son tour un guide intéressant pour notre archéologue limousin. 

   Personnellement, estimant avoir rempli mon contrat de donner des pistes pour désenclaver le  Rancon antique, j'avais repris  un court moment mon parcours  vers le nord pour finalement arrêter définitivement mes recherches  routières au Clops de Villefavard.

  Cependant, à partir de Villefavard  et poussé par la curiosité, durant une trentaine de kilomètres, j'ai survolé virtuellement le terrain sur les photos aériennes de l'IGN pour essayer contrôler le parcours qu'Elie de Beaufort avait élaboré  en 1850.
  Ce procédé de large ratissage, permet de définir un certain nombre d'options possibles susceptibles de guider une étude fine du terrain. Une étude ouverte faisant appel à diverses  disciplines dont il n'est pas utile que le niveau tente jamais de dépasser   la simple curiosité du randonneur de fond pourvu qu'il soit attentif à toutes les facettes qu'offre le paysage. La vérité n'est ni dans l'avion ni sur les écrans d'ordinateur et encore moins dans les incantations savantes, elle est sur le terrain. Mais il faut au préalable avoir beaucoup marché et s'être déjà posé beaucoup de questions.

  Nous ne manquerons pas en temps utile, de redonner un coup de chapeau à M. de Beaufort qui - à 160 années de nous - avait observé de nombreux traits d'une voie antique que nous avons eu la surprise de retrouver de la rivière Benaize jusqu'à Chaillac . . .
  Quittant pour la première fois ses guides, notre auteur moderne avait pris une autre option : répudiant Chaillac cher à Elie de Beaufort, il tentait de rejoindre Argenton par St Benoît-du-Sault.
  Tant il est vrai que tous les chemins mènent à Rome !

 
Pour ceux qui seraient effrayés par l'étendue de ces recherches et qui se poseraient la question de savoir si - historiquement -  le " jeu en vaut la chandelle", je répondrais personnellement non. Le dessinateur anonyme de la Table de Peutinger avait depuis longtemps déjà fait l'essentiel en décrivant les grandes voies de la Gaule romaine.
   Mais la performance physique et intellectuelle - dont peu de gens sans doute imaginent l'ampleur et la diversité - justifie à elle seule ces enquêtes aussi passionnantes que salutaires qui offrent la particularité de solliciter autant "la tête que les jambes".   


          "Marcher à côté de ces pompes !"

   Oeuvres monumentales en leur temps, les grandes voies romaines n'échappèrent pas à un parti-pris somptuaire encore visible ça et là (Bois des Vaseix . . . et autres sites à venir) propre croyait-on, à inspirer le respect et l'admiration  aux populations indigènes. 
   Mais depuis lors, le temps et les hommes ont fait leur oeuvre et il  reste  peu de chose  intactes parmi une profusion de restes infimes et confidentiels, de ces gigantesques ouvrages bâtis par la démesure d'un conquérant à qui tout semblait réussir.

   Dans la mauvaise entreprise de piratage que nous sommes en train d'évoquer, il manquait cependant une facette improbable. C'était un intéressement inattendu, une opportunité pécuniaire - généralement étrangère à la démarche du bénévolat scientifique - qui incita notre auteur à tenter la gageure de transformer ses pérégrinations ondoyantes en  un "produit touristique" à connotation historique : un thème de randonnées que les instances touristiques des communes traversées auraient pu prendre à leur compte.
 



 De ce point de vue, nos collectivités  locales, ne sont pas passées loin du ridicule !  

  Mais les élus de la Communauté de Communes et de Pays auxquels la proposition chiffrée s'adressait, avaient mieux que quiconque démasqué  l'irréalité du projet et  n'y ont jamais donné suite . 

   
Un contrat tacite

 
 Dans les pages qui suivent, nous continuerons à inventorier à notre façon,  ce qui reste de ce monument routier doublement millénaire, dans son parcours vers le nord au milieu d'un environnement humain très dense.
  
   Dès le départ, je m'étais simplement donné pour but de faire une part privilégiée à Rancon et à son proche environnement, en mémoire d'un ami trop tôt disparu, natif du lieu et ancien maire de la commune, qui m'avait aiguillé dans cette aventure et à qui j'avais fait quelques promesses.

   Son entregent m'aura beaucoup manqué pour étayer davantage  et préciser  la  très modeste vision  que j'ai dû tirer tout seul, du survol du vicus routier antique de Rancon.
 
  Consolation : en cours de route, la chasse a quand même été bonne !      Nous allons en parler !


                                  
                                     



1                 Une grande inconnue :
            La Voie de Rancon
        et autres lieux   ( I ) :

                   de Limoges à St Gence
9           Voie de la Gartempe :
                   Rancon

            à Magnac-Laval 
2                 Veyrac et St Gence 
       Une grande ferme gauloise
             Un petit oppidum (II)
10      voie de la Gartempe :
                  Rancon
            à Villefavard 
3      La  Voie de Rancon ( III )  :
                     de St Gence à Taillac
11      La Voie Haute de l'Ouest
          et la Voie d'Agrippa (2)              
Voies de la conquête et voies tardives
        
4     La Voie de Rancon ( IV )  :
              de Maison-Rouge à Villechenoux
12           Voies et passages
      d'eau inconnus sur la Vienne
5        La Voie de Rancon ( V )  :
                 de Villechenoux à Clavières
13         La Voie d'Agrippa (3) :
                      de Chamberet à la Vienne
6       La Voie de Rancon ( VI )  :
               de Clavières au Rancon gaulois
14          La Voie d'Agrippa (4 ) :
                     de la Vienne au Queyroix
7         Le vicus de Rancon (VII):
             son environnement protohistorique
15       La Voie d'Agrippa ( 5 ) :
                    du Queyrois à la Pouge-Périgord
                 Le diverticule de St Auvent
8            Rancon antique (VIII) :
                 l'approche d'une structure
                      Les instruments
16             de la recherche aérienne                                           Intermède
17  CASSINOMAGUS     CHASSENON